[Demcom] neuromarketing...
Valerie Dagrain
vdagrain at free.fr
Jeu 4 Mai 16:12:10 EDT 2006
La pub s'incruste dans nos neurones
Sources: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0%402-3244,36-766918,0.html
LE MONDE | 29.04.06 | 17h14 * Mis à jour le 29.04.06 | 17h14
A Paris, Marie passe devant une affiche de cinéma. Automatiquement, la
bande-annonce se télécharge sur son téléphone portable vidéo. L'adresse
du cinéma le plus proche apparaît ainsi que l'horaire de la prochaine
séance en version originale puisqu'elle est professeur d'anglais.
Tentée, elle achète sa place en ligne pour une séance dans une heure.
Une publicité pour une chaîne de restauration rapide toute proche
s'affiche alors sur son écran. Si elle s'y rend immédiatement, une
promotion sur sa formule préférée lui sera offerte.
En chemin, son oeil s'arrête sur un écran publicitaire électronique qui
la "reconnaît". Une animation s'affiche : veut-elle participer à un jeu
concours pour une crème revitalisante adaptée aux femmes de 40 ans,
l'âge de Marie ? Elle est séduite, mais ça, la marque le sait déjà grâce
à son étude de "neuromarketing". Résultat : elle reçoit dans la minute
un bon d'achat sur son téléphone portable.
Dans dix ans, les marques de grande consommation connaîtront-elles
intimement Marie et ses congénères au point de leur envoyer à tout
moment, où qu'elles se trouvent, des publicités personnalisées et autres
signaux commerciaux pour les inciter à acheter ?
La recherche est déjà active. Des experts spécialisés en neuromarketing
tentent d'appréhender l'émotion du client, de décrypter le processus de
décision d'achat. "C'est la version XXIe siècle du subliminal. Comment
imprégner un cerveau d'une publicité sans qu'il s'en rende compte ?",
explique Olivier Oullier, chercheur au CNRS à Marseille mais aussi à la
Florida Atlantic University aux Etats-Unis. "L'obtention de l'image du
cerveau en 3D est un grand pas, mais la neuro-imagerie est encore
limitée. Dans dix ans, les résolutions spatiales et temporelles auront
progressé, pronostique M. Oullier. On ne lira pas dans la tête des gens,
mais on pourra tenter de prédire leurs réactions." Ces recherches
touchent des territoires sensibles.
Actuellement, seule la société automobile DaimlerChrysler finance
ouvertement des travaux dans ce domaine. "Beaucoup d'entreprises s'y
intéressent sans le dire. Il y a une omerta, une peur de l'opinion
publique", remarque M. Oullier. Justement, des voix se font déjà
entendre pour pointer les risques d'intrusion. Vigie de tous les
dérapages publicitaires aux Etats-Unis, l'association Commercial Alert a
fait du neuromarketing une priorité.
Avant même le déploiement de cette nouvelle science, marques et
publicitaires cherchent à créer une communication personnalisée, plus
ciblée, pour amadouer les plus rétifs. Les révolutions technologiques à
venir servent leur projet. Les consommateurs seront de plus en plus
équipés - téléphone mobile de troisième ou quatrième génération,
journaux électroniques. Les réseaux de communication urbains vont monter
en puissance, grâce aux technologies infrarouge, Bluetooth, Wi-Fi, RFID,
etc. Et la ville va se vêtir d'écrans d'affichage électronique, de
"puces" disséminées dans les vitrines. Avec ce maillage électronique, la
publicité ne lâchera plus le consommateur.
Des tests grandeur nature se multiplient partout dans le monde. Au
Japon, les consommateurs sont invités dans la rue à "photographier" avec
leur téléphone mobile des codes-barres imprimés sur des affiches.
Instantanément, ils sont mis en relation avec un mini-site Internet
ventant les mérites du produit.
A Tokyo, grâce à une image projetée sur un trottoir, les piétons se
retrouvent comme entourés de papillons et du logo de la marque de beauté
Kanebo qui bougent au gré de leurs mouvements de bras. Les réactions des
passants sont analysées en temps réel par un logiciel de traitement d'image.
Aux Etats-Unis, Google, le poids lourd de l'Internet, a jeté son dévolu
sur San Francisco et propose d'offrir gratuitement à tous les citoyens
une connexion sans fil (Wi-Fi) à Internet. Mais, en contrepartie, chaque
internaute devra accepter d'être "suivi électroniquement" en temps réel
: Google enverra des publicités ciblées en fonction de là où il se trouve.
Des partenariats se nouent avec des chercheurs. A Caen, depuis le
printemps, plus de 300 "cobayes", équipés de téléphones mobiles dotés de
la technologie RFID, sont suivis à la trace. Leurs interactions avec les
publicités et les jeux concours, leurs achats en ligne sont analysés par
France Télécom et la société d'affichage Clear Channel. Son concurrent
Jean-Claude Decaux vient, lui, de s'allier les compétences des
chercheurs de l'Inria en "informatique diffuse". L'objectif ? Etablir un
dialogue automatisé entre les Abribus, les panneaux d'affichage, etc.,
et les téléphones mobiles des passants. La société LM3Labs, fondée par
des scientifiques du CNRS, prépare un logiciel de traitement de l'image
pour identifier chaque personne s'arrêtant devant un panneau interactif.
L'invasion est-elle programmée ? Les marques savent qu'elles n'ont pas
droit à l'erreur. Pour la première fois depuis vingt ans, le nombre de
Français "publiphobes" (43 %) est supérieur aux fans de pub, selon
l'institut d'études TNS. Cette réticence croissante au "matraquage
publicitaire" est observée dans la majorité des pays développés.
En France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés
(CNIL) veut étendre "le cadre juridique" pour protéger les
consommateurs, comme elle l'a déjà fait pour les spams. Elle vient de
recaler une offre de l'assureur MAAF : un tarif réduit pour les jeunes
conducteurs, contre un suivi de la "bonne conduite" du véhicule par
satellite. Donner accès à de telles données personnelles pour obtenir un
simple rabais : la CNIL a jugé le procédé "disproportionné".
Laurence Girard
CHRONOLOGIE
1830
Les annonces commerciales apparaissent dans les journaux.
1880
Essor de l'affichage dans les rues.
1920
La réclame fait son entrée sur les ondes radio.
1937
Les films publicitaires arrivent sur les écrans de cinéma.
1968
La télévision diffuse ses premiers spots.
1995
La publicité investit Internet.
2005
Apparition de nouveaux canaux de diffusion : iPod, consoles de jeux,
etc. Premières affiches publicitaires interagissant avec les téléphones
mobiles.
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