[Demcom] L'empowerment marchandisé...

jean-pierre boyer boyer.jean-pierre at uqam.ca
Mer 30 Avr 10:57:45 EDT 2008


Bonjour

Pour ceux et celles qui ne l'auraient pas lu dans Le Devoir de ce  
mercredi 30 avril
un texte édifiant... témoignant de la capacité de détournement des  
idées progressistes
par deux intellectuels organiques... de l'industrie publicitaire :  
Gougoux et Beucler.
Vous noterez leur usage équivoque des notions de citoyen et de  
consommateur.

Mais il fait beau aujourd'hui et vous pouvez attendre un jour plus  
moche pour le lire.

Jean-Pierre Boyer

PS :  Saviez-vous que pour satisfaire les besoins de base  
(alimentation, santé, logement, éducation)
	de l'ensemble de la population mondiale, il en coûterait annuellement  
170 milliards de dollars
	et que
	les dépenses annuelles mondiales de l'industrie publicité-marketing  
totalisent 2,400 milliards !

	Méchant BUG dans le système... d'exploitation !

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Opinion
Révolution dans l'univers du marketing - Le pouvoir du «citoyen  
numérique»

Yves Gougoux et Pascal Beucler,
Respectivement président du conseil et chef de la direction chez  
Publicis Canada
et vice-président, stratégie de marque et réseau international, pour  
Publicis Consultants Worldwide, à Paris

Édition du mercredi 30 avril 2008

Mots clés : Internet, marketing, Publicité, Québec (province)

Power to the people, power to the people right now», chantait John  
Lennon en 1971. Entre l'enregistrement de cette protest song --  
tellement branchée et représentative de son époque -- et aujourd'hui,  
nous avons collectivement franchi des pas de géant. Du poing levé,  
fermé, défiant l'autorité en signe de contestation, nous en sommes au  
poing ouvert de l'appropriation et de la prise en charge.

La langue anglaise a un mot extraordinaire pour décrire notre nouvel  
état d'appropriation de cette réalité: l'empowerment. Cet empowerment  
au quotidien, qui fait en sorte que nous nous approprions le monde  
comme notre réel au quotidien, tient sa source d'un seul dénominateur:  
le numérique.

Dans notre univers, celui de la publicité et des communications,  
comment tout cela s'exprime-t-il? C'est à la fois simple et très  
complexe. Les changements technologiques s'accélérant, cela a pour  
effet de modifier l'attitude des consommateurs qui, eux, sont de plus  
en rigoureux, exigeants, en contrôle et enclins à développer une toute  
nouvelle attitude vis-à-vis les marques, les produits et leur  
consommation.

Citoyen numérique

En fait, nous sommes à l'aube d'une nouvelle citoyenneté: la  
citoyenneté numérique. Il s'agit sans nul doute d'un tsunami  
comportemental chez les consommateurs, lequel a un effet considérable  
sur le modèle d'affaires des agences de publicité. Les anciens modèles  
d'affaires classiques, où il fallait tout payer, sont périmés. C'est  
out, trop cher, trop lent pour les consommateurs d'aujourd'hui.

Avec le Web 2.0, l'empowerment des citoyens est presque total. Ils ont  
le pouvoir de créer eux-mêmes les contenus, de les publier, de les  
diffuser, de les échanger comme ils veulent, quand ils le veulent, à  
qui ils veulent, sans filtre. Ils peuvent le faire sans payer un sou.  
Difficile à admettre, mais le citoyen numérique est en train de  
devenir tout aussi puissant que les grands médias eux-mêmes.

Vocabulaire et marques

Nous assistons à la naissance d'un tout nouveau vocabulaire,  
majoritairement anglais: wikis, social networking, bookmarking, video  
streaming, virtual reality, news aggregation, photo sharing,  
livecasting, mediasharing. De nouvelles marques apparaissent:  
Facebook, YouTube, Wikipedia, MySpace. Elles sont à peine  
intériorisées dans notre quotidien qu'elles deviennent rapidement  
grand public, poussées qu'elles le sont par les petites nouvelles,  
plus hip et plus modernes, comme Izimi, Flickr, Digg, qui,  
d'artisanales il y a seulement quelques mois, sont maintenant  
centrales dans le monde numérique.

Et pendant ce temps, tentant aussi bien que mal de rester au-dessus de  
la mêlée, les Yahoo!, Google et MSN sont devenus des titans qui se  
battent à coups de milliards de dollars dans ce nouveau monde virtuel.

Acteur sur le Web

Le Web 2.0 représente une modification radicale de la planète Internet  
et participe à l'hégémonie grandissante du Web dans notre vie de tous  
les jours. Le citoyen numérique ne fait pas que surfer comme un acteur  
passif. Il devient créateur. Il est actif. Il est producteur de  
contenu. Et on voit déjà se profiler à l'horizon le Web 3.0, qui  
permettra de générer, de traiter, d'échanger les données de manière  
automatique, logicielle.

En tant que citoyens numériques, nous sommes tous à la fois  
producteurs, distributeurs et consommateurs de contenu. Nous habitons  
un nouvel écosystème, où les circuits d'influence cessent d'être  
unidirectionnels et verticaux pour devenir multidirectionnels et  
horizontaux.

Parlez-en au président français, Nicolas Sarkozy, qui a vu sa fameuse  
déclaration «Casse-toi, pauvre con!» être rendue d'abord disponible  
sur YouTube!. Parlez-en à Barrack Obama, pour qui une grande partie du  
succès de sa campagne à l'investiture démocrate est due à  
l'utilisation de l'Internet mobile! Parlez-en à Soko, cette jeune  
étudiante de Bordeaux devenue star planétaire en moins d'un an, à  
l'écart de tous les circuits classiques, sans jamais avoir endisqué  
quoi que ce soit! Parlez-en aussi aux policiers de la Ville de  
Montréal, qui ont pu profiter des multiples vidéos déposés sur YouTube  
pour retracer les casseurs de l'émeute à la suite de la victoire du  
Canadien contre Boston!

Tout savoir, tout de suite

Le consommateur, ce nouveau citoyen numérique, comment vit-il?  
D'abord, il est en réseau, il n'est jamais seul. Il est membre  
d'organisations puissantes: les communautés virtuelles. Ce  
consommateur citoyen numérique veut et peut tout savoir, sur tout,  
tout de suite, immédiatement. Il ne veut pas seulement consommer, il  
veut «vivre» les marques, virtuellement, sensoriellement, et, surtout,  
interagir avec ses pairs, échanger, discuter, converser.

Ce nouveau consommateur à la citoyenneté numérique a une personnalité  
très distincte. Il est intransigeant, tout-puissant, connecté partout,  
tout le temps. Il est omniscient, très mobile, hypermobile en fait. Et  
surtout, il veut être considéré d'égal à égal. Son lien émotif à la  
consommation est bidirectionnel, empreint du dialogue.

Pour mieux commercer avec le citoyen numérique, une règle d'or  
apparaît et s'impose: l'entreprise, les marketeurs, nous les  
communicateurs et les publicitaires, devront apprendre à mieux  
converser avec lui. Pour garder le contact avec le consommateur  
d'aujourd'hui, il faut lui céder le contrôle! Voilà le lieu où  
s'exprime l'audace de la nouvelle citoyenneté numérique: céder le  
contrôle au consommateur. Rien de moins!

Agora à la grecque

Le citoyen numérique devient partie prenante de la «chose publique» et  
non plus un simple réceptacle. Imposer par le haut ne fonctionne plus.  
Il faut proposer, discuter, converser. C'est un juste retour des  
choses: le Web collaboratif. C'est le retour à l'agora grecque: nous  
entrons de plain-pied dans la nouvelle agora numérique, le «lieu» où  
on débat publiquement du bien commun.

Qu'on apprécie ou non, la prise de parole populaire sur Internet  
apparaît de toute évidence plus crédible que l'expression  
institutionnelle ou commerciale. Il s'agit d'une réalité virtuelle  
incontournable. Le nouveau citoyen numérique a donc ce pouvoir de  
choisir, de changer, de quitter, de voir ou d'ignorer les campagnes  
«classiques» sur les grands médias, de créer et de diffuser ses  
propres campagnes en ligne, d'acheter ce qu'il veut quand il le veut,  
live. Non seulement il en a le pouvoir, il l'exerce aussi.

Le consommateur de l'ère numérique ne revendique plus, il s'approprie.

Créer avec le consommateur

Cette nouvelle ère nous oblige, nous les publicitaires, à nous  
rapprocher de chaque individu parce qu'il gère ses propres  
interactions, en réseau, en communautés virtuelles. Les agences ne  
pourront plus travailler du haut de leurs tours d'ivoire. Il faudra  
donc créer, non plus pour le consommateur mais plutôt avec ce nouveau  
consommateur, citoyen numérique. La «co-création», la «cogénération  
d'idées» seront au coeur de la nouvelle stratégie créative des agences  
ou celles-ci ne seront pas!

Le métier de communicateur et de publicitaire vit actuellement une  
transformation intégrale, une (r)évolution. Pour assurer leur  
pérennité, les marques devront créer de nouveaux types de relations  
avec les consommateurs, des relations aussi individualisées que  
possible et, surtout, librement consenties. Les agences devront  
apprendre à créer de véritables expériences de marque et non plus  
«produire» de simples annonces. Les agences doivent intégrer dans leur  
approche toutes les ressources du numérique et des social media. Il en  
va de leur survie et de leur pertinence dans ce nouveau monde de la  
consommation.
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