[Demcom] Le grand frère et la petite soeur (suite) Big brother and little sister
Alain Ambrosi
ambrosia at web.ca
Lun 21 Avr 11:18:55 EDT 2008
Ce qui confirme que les initiatives visant la transparence des
gouvernements (comme visible governement.ca) sont utiles.
AA
Le dimanche 20 avril 2008
*Santé électronique: les lunettes roses dominent...*
*Benoît Gagnon*
La Presse
/L'auteur est chercheur associé à la chaire du Canada en sécurité,
identité et technologie et a présidé un comité de recommandation sur les
nouvelles technologies de surveillance et de contrôle pour la Commission
de l'éthique de la science et de la technologie du Québec./
*Le journaliste de La Presse André Noël nous apprenait, jeudi dernier,
que le dossier de santé électronique (DSE) est sur le point d'être
instauré au Québec.*
Dans cet article, des interrogations sérieuses étaient soulevées par
rapport aux éventuelles fuites de données qui pourraient se produire
vers le territoire américain.
En effet, «en vertu du USA Patriot Act, le FBI américain pourrait
accéder aux renseignements personnels des Canadiens contenus dans les
dossiers de santé électronique, dès que ceux-ci seront détenus par des
entreprises ayant des liens avec les États-Unis (...)». En d'autres
mots, avant même que la base de données ne soit en place, nous pouvons
prévoir qu'il y aura des atteintes à la vie privée!
Or, quelle ne fut pas notre surprise de lire plus loin que «le Dr André
Simard, directeur des projets au DSE-Québec, assure que seuls les
professionnels de la santé québécois autorisés pourront avoir accès aux
dossiers médicaux informatisés des Québécois». Affirmation d'autant plus
farfelue qu'elle émane d'une méconnaissance crasse de la réalité
infosécuritaire. La dure vérité, c'est que même si le Dr Simard est de
bonne foi, il ne peut en aucun cas garantir la sécurité parfaite des
données.
D'entrée de jeu, force est d'admettre qu'aucune base de données n'est
sûre à 100%. La sécurité parfaite des systèmes informatiques est un
mythe aussi durable que celui du Minotaure. En effet, non seulement
sont-elles poreuses face à d'éventuelles attaques informatiques
fomentées par des bidouilleurs, mais aucune base de données n'est
imperméable à d'éventuelles erreurs humaines.
En d'autres mots, assurer la constante légitimité des personnes accédant
aux bases de données sur la santé est une utopie ronflante.
Par exemple, il est utile de se remémorer le cas de la Grande-Bretagne,
qui a récemment perdu les données personnelles et fiscales de plus de 25
millions de ses citoyens. Un égarement qui remet d'ailleurs en question
l'émission d'un identifiant de citoyenneté pour les Britanniques. Est-il
nécessaire de rappeler que là aussi la sécurité des données était
«garantie»?
*Et la transparence?*
Qui plus est, il est important de souligner que le gouvernement semble
oublier un principe éthique primordial quand vient le temps d'établir de
telles mégabases de données: la transparence. Car, soyons francs, peu
d'informations ont été transmises aux citoyens quant à la nature exacte
des données qui seront numérisées. Toute une série de questions n'ont
pas été soulevées: qui sera imputable advenant le cas où des données
seraient égarées, corrompues, endommagées, volées ou frauduleusement
transmises? Est-ce que les personnes qui manipuleront ces données auront
des formations adéquates sur la sécurité de l'information? Combien de
temps ces données seront-elles stockées? Qui s'assurera de l'étanchéité
des bases de données? Qui sera responsable de surveiller les
gestionnaires de base de données?
Et, cela mène nécessairement à la question du consentement; question qui
est d'ailleurs soulevée dans l'article d'André Noël. Est-ce que le
citoyen pourra donner un consentement libre et éclairé à la numérisation
de ses données de santé? Or, peut-on même parler de consentement libre
et éclairé quand le citoyen n'a aucune idée des implications
potentielles de la numérisation de ses données?
Au final, nous pouvons sérieusement nous questionner sur la tendance
lourde et irritante qu'ont les gouvernements à vouloir recueillir à
outrance de renseignements personnels. Un réflexe qui pose bon nombre de
questions, tant au chapitre de la protection de la vie privée que du
côté de l'efficacité même des mesures. Car, dans le second, nous sommes
en situation de paradoxe. Alors même que bon nombre de compressions
budgétaires sont effectuées dans les milieux publics, nous nous
retrouvons dans une situation où il y a toujours moins de fonctionnaires
pour traiter les données, les analyser, et surtout les utiliser à bon
escient. À contrario, les gouvernements recueillent de plus en plus de
données sur leurs citoyens. Ainsi, non seulement les agents de l'État se
retrouvent dans une situation où la masse de données à traiter est
inutilement trop importante, mais nous prenons collectivement le risque
de voir des erreurs se produire lors du traitement et de la manipulation
des données.
Si le vieux dicton veut que «qui trop embrasse mal étreint», dans ce
cas-ci, nous pourrions dire «qui trop recueille mal sécurise».
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